Depuis l’enfance, NOA est accompagnée d’un trou noir qui surgit et grandit au rythme de ses angoisses. À treize ans, sa mère l’emmène rencontrer MAKOTO et NADINE, deux chercheurs et musiciens qui étudient les phénomènes de résonance entre le son et la matière. Fascinée par leur univers, NOA grandit à leurs côtés et rejoint leurs recherches. Des années plus tard, alors qu’elle tente de comprendre l’origine du phénomène qui la poursuit, elle découvre, avec eux, qu’au point de cohérence certaines matières semblent capables d’émettre de la lumière. Entre ses expériences scientifiques, son amour pour SOHAN et les souvenirs de l’enfant qu’elle a été, NOA entreprend un voyage au cœur de son propre trou noir. En apprenant à écouter sa respiration et à trouver la vibration qui lui est propre, elle parvient peu à peu à rejoindre la petite fille restée prisonnière de l’obscurité. Ensemble, elles transforment le silence du vide en lumière. Devenue à son tour chercheuse et passeuse, NOA découvre que la transformation qu’elle poursuivait dans la matière s’est peut-être accomplie en elle depuis le début.
Le son. Rien d’autre que le son.
Le son est vibration. Le son est musique. Le son est lien. Le son est soin. Le son est texture.
Il rythme chaque instant de ce film, s’infuse dans chacun de ses pores. De l’expérience scientifique sonore sur une matrice de résonance fibrillaire (cf: page 16) au simple vent qui traverse les branches des grands arbres, chaque onde a son importance. Au point où, pour certaines séquences, le spectateur sera plongé dans le noir et porté par les bruits et vibrations que font les tissus, les matériaux qu’on frappe, qu’on effleure ou avec lesquels on joue. Renforcé en suite par ce visuel tantôt cosmique, tantôt réaliste.
C’est là toute la recherche science-fictionnelle de ce récit. Assumer que les vibrations ont une capacité de transformation. À l’échelle subatomique comme humaine, un système peut changer d’état sous l’effet d'une vibration. Par le son, une pièce plongée dans le noir pourra s’illuminer. Par le son, une personne en détresse profonde pourra retrouver le chemin vers la vie.
Et parce que je me suis inspiré pour ce récit de mon propre parcours au sein d’un groupe musicale hors norme (bien que très différent physiquement mais très proches psychiquement), ce qui me semble le plus important de raconter est bel et bien le lien qu’entretiennent les humains avec la nature, via la musique.
C’est ici le triptyque essentiel qui agit comme fil rouge à l’histoire. Toute la guérison que la personnage principale entreprendra au bout de ces longues années aura été teintée de ces trois aspects essentiels. En effet, c’est dans la nature qu’elle se sent le mieux. On filme ce qu’elle voit, la grandeur des arbres qui lui offrent l’ombre dont elle a besoin pour passer du temps avec son amoureux. D’ailleurs ce sont des matériaux principalement naturels minéraux ou végétaux que les scientifiques utilisent pour leur recherche. Toutes ces textures, rugueuses, douces, lisses, palpables, filmées de près. Le choix de la pellicule d’ailleurs, ressentir sur l’image même sa texture. Je cherche ici à filmer le vivant. Tout ce qui se meut et dont on fait partie en tant qu’humanité. Utiliser tous les procédés qui nous en rapprochent.
Afin non pas de simplement apprécier ou déprécier la séance de cinéma, mais bien pour expérimenter, pour vivre, pour ressentir, pour palper. Palper les émotions, les maux, la matière, le lien qui unissent ces humains dans des relations bienveillantes et soutenantes. Les scientifiques dans le récit, bien que doctorants diplômés, sont en marge de la société. Non pas parce qu’ils ont été évincés, mais par choix. Car le système élitiste de la recherche scientifique ne leur sied pas. Ce qu’ils souhaitent eux c’est la partager, c’est la faire vivre au plus grand nombre.
Je veux croire en la possibilité d’une humanité enfin soudée. Qui lâche ses schémas destructeurs de pouvoir. Et pour ça on doit l’incarner, en fiction, le rendre concret. Les personnages font le chemin de la déconstruction, puis de la reconstruction.
On utilise plus les matériaux vivants comme possession, mais comme média pour communiquer. On laisse la faune et la flore nous traverser, à l’échelle macroscopique ou quantique.
Alors en ce sens, on tourne dans des lieux chargés d’histoire. Presque comme dans une recherche documentaire, on s’approche du réel. On tourne dans les lieux du vivant. Dans la garrigue provençale où j’ai grandit, à la Friche de la belle de Mai à Marseille où j’ai découvert une deuxième famille, dans les montagnes du Mercantour où je passais des instants légers et doux chez mes arrières grand-parents étant enfant. En fait, on réinvestit les lieux dans lesquels j’ai vécu pour raconter une nouvelle histoire, marquée par les stigmates d’une vie vraiment vécue.
L’immersion, bien qu’invisible est presque totale. Le film devient un objet à part entière qui vit dans sa propre cosmologie ses propres règles, auxquelles on croit, parce qu’on les ressent.
Enfin, pour accompagner cette mise en scène ambivalente entre tableaux réels et symboliques, une bande sonore. Organique. Fluide. Qui accompagne le récit volontairement décousu de sa génèse à sa conclusion.
La musique est probablement l’un des médiums qui touche le plus d’êtres humains sur Terre, et ce depuis le plus longtemps. Peut-être parce qu’au fond, à l’échelle la plus fondamentale, nous sommes nous-mêmes faits de matière en mouvement. De particules qui interagissent, vibrent et s’organisent pour former le monde.
Cette musique, lancinante, alors nous accompagne. C’est la voix de Noa. Sa synthèse, ses émotions, ses ressentiments, sa nostalgie quand elle raconte son histoire passée remplie de tout ce qu’elle a vécu, ses traumas, ses amours perdus, ses découvertes enfantines qui ont mené à ce qu’elle est finalement devenue, aujourd’hui.
Le son. La texture. Par le vivant. Depuis le vivant.